Sagnol parle  (Coupe Du Monde) posté le samedi 08 juillet 2006 09:40

Cadre de l'équipe de France, Willy Sagnol nous a expliqué comment les Bleus ont trouvé la bonne formule pour aller jusqu'en finale. Avant ce grand-rendez dans son pays d'accueil, le défenseur du Bayern Munich assure que la France ne pourra pas être crispée après tout ce qu'elle a vécu.

WILLY SAGNOL, comment est l'ambiance chez les Bleus ?

W.S. : L'ambiance est la même depuis le 8 juin, date de notre arrivée. C'est sûr que les bonnes performances de ces derniers jours facilitent certaines choses. Mais, entre nous, notre façon de vivre à toujours été la même. Il y a juste moins d'éventuelles prises de tête sur la façon de jouer ou l'élan à donner à l'équipe sur le terrain. Bien sûr qu'il y a des prises de tête quand il y a des choses qui ne vont pas. C'est de la discussion. Chacun pose ses questions et dit ce qu'il pense. C'est comme ça que l'on a réussi à trouver la bonne formule, à ce que chacun donne le meilleur de soi-même pour faire avancer l'équipe.

Ce sont des choses dont vous avez discuté avec Raymond Domenech ?

W.S. : C'étaient des discussions collectives. On les a faites dans les bons moments comme dans les moments un peu plus difficiles. C'est aussi ça qui a fait notre force. Il n'y a pas eu de groupes, pas de groupe joueurs d'un côté et de groupe staff de l'autre. Tout le monde a voulu tirer dans le même sens avec des idées forcement différentes mais, à l'arrivée, on est en finale. Ça montre que le travail à l'intérieur du groupe a été bien fait. Quand on est dans une position avec deux matches nuls avant d'affronter le Togo, c'est sûr qu'on se dit que tout n'est pas parfait, qu'il y a des choses à améliorer. On a essayé de chercher ce que c'était. Et je pense qu'on a trouvé la solution à nos problèmes.

Que s'est-il passé entre le Togo et l'Espagne ?

W.S. : Le match face au Togo, même s'il a été difficile à aborder parce qu'on savait ce que l'on risquait, nous a finalement libérés. Comme certains l'ont déjà expliqué, ça a aussi pu nous permettre d'évacuer le spectre de la précédente Coupe du monde (en 2002). C'était peut-être un poids plus important qu'on pouvait le penser. On n'avait pas peur d'être éliminé mais de ne pas arriver à donner le meilleur que cette équipe pouvait donner. Aujourd'hui, on se rend compte que cet esprit de corps, ce respect des uns envers les autres sont des valeurs qu'il ne faut surtout pas oublier dans le football.

Avez-vous conscience que vous pouvez écrire une page de l'histoire des Bleus ?

W.S. : Si on se laisse submerger par l'importance de cette finale, c'est sûr que l'on passera à côté de notre finale. Donc on fait tout pour rester le plus concentré possible. On peut le faire en restant hermétique aux critiques comme à l'euphorie. De toute façon, on n'arrive pas à réaliser. On vit tous les jours entre nous et à l'écart de tout le reste. On réalisera peut-être dans quelques semaines, quelques mois ou même quelques années. On sait qu'on est en finale mais... on n'arrive pas à saisir l'importance. Ce sont des choses qu'on regrette après. On va se dire : "Pourquoi je n'en ai pas plus profité". Mais on n'y arrive pas.

Vous ne pouvez pas être rattrapés par l'importance de ce rendez-vous ?

W.S. : Il y a très peu de chance pour qu'il y ait de la crispation. Par rapport à tout ce dont on a du faire face depuis quelques mois : des éliminatoires difficiles, un premier tour difficile... Il s'est passé tellement de choses qu'on ne peut pas être crispés. On ne peut qu'être heureux d'être là et très motivé.

On vous a surpris en pleurs après la qualification...

W.S. : Il ne faut pas oublier que beaucoup de choses se sont passés dans les dernières semaines. On est ensemble depuis le 21 mai. On accumule beaucoup de choses. On a vécu énormément de choses en commun. On est passé par des moments difficiles. Après le Portugal, il y avait aussi beaucoup de fatigue. Il ne faut pas oublier non plus certaines choses qui ont été dites après une certaine conférence de presse que j'ai faite il y a deux semaines. Moi, je n'ai pas oublié... même si ça ne m'a pas empêché de jouer au football. Mais je n'ai pas envie d'en parler. De toute façon, ce sont des choses qui se règleront un jour ou l'autre.

Pour vous qui évoluez au Bayern Munich, que représente une finale en Allemagne ?

W.S. : Ça représente beaucoup de choses. Le stade de Berlin est magnifique. Ce sera un grand moment. Mais, justement, je n'ai pas envie que ça prenne le dessus sur des choses plus importantes comme jouer une Coupe du monde avec un groupe France dans lequel je me sens vraiment très bien. D'un point de vue personnel, il vaut peut-être mieux jouer l'Italie que l'Allemagne.

La force de l'équipe de France, c'est sa défense de fer ?

W.S. : La force de l'équipe de France, c'est qu'on a réussi à retranscrire sur le terrain notre façon de vivre ensemble. Ca n'est pas une défense de fer, c'est un bloc défensif très performant. Tout le monde s'est mis à la solde de ce collectif. Quand je vois les efforts défensifs de Zizou ou Thierry, au détriment parfois d'un exploit personnel, je trouve que c'est quelque chose qu'on ne souligne pas assez. On souligne la qualité technique de Zizou ou l'efficacité de Thierry mais on n'insiste pas sur l'énorme travail défensif qu'ils accomplissent. Ça demande tellement d'efforts et de don de soit. Peu de joueurs aurait été capables de le faire. C'est pour ça que j'espère beaucoup qu'il y aura une victoire dimanche et que, en fin d'année, Thierry Henry ait vraiment la récompense qu'il mérite.

Vous attendez-vous à une finale fermée ?

W.S. : Je ne sais pas si ce sera un match fermé mais c'est sûr que ce ne sera pas un Brésil-Argentine en match amical. Mais si on est vraiment observateur de football, on ne peut que saluer le jeu pratiqué par l'équipe de France et l'équipe d'Italie depuis plusieurs matches. Le foot, c'est ça. Depuis le début, on est persuadé que cette solidité défensive serait l'une des clefs d'un éventuel succès. L'Italie possède de bons joueurs comme Buffon, Cannavaro, Totti ou Toni. Mais le meilleur joueur de l'Italie, c'est l'équipe. Ce sera difficile pour nous. Mais ce sera également difficile pour l'Italie. Mais avec un joueur comme Zidane... On a Zidane, pas l'Italie.

On vous a senti fatigués face au Portugal. Le physique pourra-t-il jouer face à l'Italie ?

W.S. : Quand on est en finale, l'aspect physique n'est plus trop un gros problème dans le sens où ce sont les 90 ou 120 dernières minutes de la saison. C'est le dernier match donc on sait qu'on peut vraiment tout donner. Une finale en elle-même ajoute quelques forces supplémentaires dans les jambes. Je ne pense que ce soit là-dessus que ça va se jouer.

C'est l'hystérie en France. Comment pourriez-vous partager une éventuelle victoire ?

W.S. : On la partagera avec les gens qui ont cru en nous et qui nous ont encouragés depuis le départ. Tout ce qui s'est passé dans le groupe, les gens ne peuvent pas le percevoir et ils ne le sauront jamais. Ce qu'on veut, c'est gagner dimanche et profiter de ça avec les gens qui nous aiment vraiment.

Redoutez-vous le moment où vous allez retrouver le monde extérieur ?

W.S. : Oui ! Enfin, ça n'est pas qu'on redoute ce moment là. Mais, tous autant qu'on est, même si on est ensemble depuis le 21 mai, on est tous un peu déçu que ça s'arrête dimanche soir.

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